Une guerre sale et démocraticide

Emile H. Malet

 

 

Le pire est arrivé, les masques sont tombés, la barbarie est de retour… La Russie et son chef Vladimir Poutine ont fait déferler chars et bataillons, avions de chasse et miliciens, artillerie et marine de guerre, sur la paisible Ukraine. D’un côté, le Goliath russe et ses généraux alignés, font avancer leur armada militaire contre les cités et les campagnes ukrainiennes, provoquant des destructions d’infrastructures vitales, des morts par milliers, des centaines de milliers d’exilés en quête de survie sur les routes européennes et en face le David ukrainien, Volodymyr Zelensky, et son vaillant peuple résistant avec des moyens de fortune et une incroyable énergie à cette guerre sale et démocraticide.

 

« Le cœur de la Russie actuelle bat au rythme de la réverbération de son histoire », affirme le grand historien Simon Sebag Montefiore. Poutine cherche aujourd’hui à remonter l’échelle du temps en renouant avec la défunte URSS et même au-delà à revenir à un tsarisme impérial, deux moments de l’histoire que le peuple russe a mis au rebus par soif de liberté et de dignité. Ce révisionnisme qui fait négation de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes peut certes trouver des territoires à vassaliser comme en Syrie, mais il ne saurait être d’actualité dans l’Europe contemporaine. Car, quoiqu’en pense Poutine et ses généraux, son occupation de l’Ukraine ne sera que temporaire et se paiera au prix du sang, du sang ukrainien et du sang russe qui ne saurait couler impunément. Le temps des baïonnettes qui a fait la Russie tsariste est passé même si le maître du Kremlin défie provisoirement la planète en s’illusionnant sur une occupation illicite et sanglante de son voisin ukrainien.  

 

À côté du gain morbide constitué par l’intrusion de l’armada militaire russe en Ukraine, Vladimir Poutine peut mettre déjà à son débit stratégique deux défaites.

 

L’Ukraine est désormais sortie de l’orbite russe et rejoindra tôt ou tard l’Union européenne. Le peuple ukrainien qui compte un pourcentage fort de russophiles et russophones est désormais uni sous la bannière ukrainienne et résistera héroïquement à une occupation russe. Et cela, alors que la préoccupation russe d’éviter un « containment » par les forces de l’OTAN pouvait trouver quelque légitimité. La diplomatie occidentale (Etats-Unis et Europe compris) était acquise à cette idée de ne pas militariser les frontières européennes proches de la Russie, dont l’Ukraine, dans un souci d’apaisement et en vue de ménager la susceptibilité préventive du Kremlin. En déclenchant son invasion de l’Ukraine, Poutine a fait voler en éclats ce contexte pacifique en dévoilant ses intentions belliqueuses et idéologiquement datées. Son combat affiché contre la démocratie est ridicule, en voulant tuer les libertés démocratiques en Ukraine et pour suivre dans d’autres pays frontaliers, Poutine a négligé la réaction du monde occidental, et pas seulement au regard de l’attitude de la Turquie, qui a opté avec une force décuplée pour défendre et revigorer les libertés démocratiques et le respect des frontières.

 

La deuxième défaite de Poutine vient de ce qu’il a contribué à redonner un second souffle à une Union européenne, désormais plus combative et plus unie que jamais et surtout dotée d’une vision politique et d’une perspective stratégique. On pense au réarmement de l’Allemagne, mais pas que : l’Europe semble avoir enfin compris qu’une puissance économique aussi forte soit-elle reste vulnérable si elle ne s’accompagne pas d’une véritable politique de sécurité et de défense commune. Par ailleurs, nous assistons concomitamment à un réveil des Etats-Unis qui sous la conduite de Joe Biden et contrairement à son prédécesseur Donald Trump, a renforcé les moyens militaires de l’OTAN pour assurer la défense des pays baltes et de l’Europe centrale et orientale. De cette double défaite, Poutine peut espérer au mieux, si la négociation ukraino-russe aboutit, à une médiation diplomatique, par ce que personne ne veut faire la guerre à la Russie, mais il a d’ores et déjà perdu son pari impérial de domination par les baïonnettes. Que ne s’est-il souvenu du discours de La Boétie : « Les tyrans ne sont grands que par ce que nous sommes à genoux ». La tyrannie russe actuelle ne survivra pas à Poutine par ce que le monde est debout contre cette guerre sale et démocraticide.  

 

 

 

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