Quels antidotes aux nationalismes ?

Emile H. Malet

« L’exaltation nationale est un sentiment que je me suis efforcé, quand j’y inclinais, de réprimer comme funeste et injuste. »

Sigmund Freud, OCF, tome XVIII, PUF, Paris, p. 116

Le nationalisme n’est pas en soi une horreur, c’est une déclinaison de la nation, comme le patriotisme est issu de la patrie, le socialisme privilégie la question sociale, le sionisme exalte le retour à Sion, l’islamisme une exaltation de l’islam, le capitalisme la mise en valeur du capital, l’humanisme fait primer l’humain avant toutes choses… mais à l’usage, on sait ce qu’il en est et ce qu’il n’en est pas tant l’homme est un animal versatile et la nation une entité aux contours indéfinis. Le couple homme-nation, qui est l’objet de notre forum, peut être instrumentalisé à l’instar de l’homme-machine prôné par les transhumanismes.

L’idée nationale, l’intérêt national et la promotion de l’État-nation n’ont pas une origine spécifiquement réactionnaire, ce sont des déclinaisons rationnelles, libérales et même laïques qui nous viennent pour une part de la philosophie des Lumières. Il arrive que l’intérêt national, sous l’appellation d’intérêt général, coïncide avec le bien commun et que l’intérêt moral d’une nation requiert des valeurs universelles, la preuve par les droits de l’homme. Seulement, quand une nation fait face à de mauvais vents, par exemple dans la Vienne fin de siècle où vécut Sigmund Freud, « des motifs purement rationnels ne peuvent pas grand-chose contre les impulsions passionnelles[1] » de la foule qui s’ébroue sous l’autorité d’un chef en braillant des slogans nationalistes. Adolf Hitler a fait ses gammes en Autriche avant de nazifier l’Allemagne. Au discours politique se substitue la vocifération populiste et nationaliste, la nation perd son statut de creuset socio-culturel d’intégration pour devenir l’habitat sismique de l’orgueil, du sacrifice, des frustrations, des humiliations, de l’héroïsme, de la xénophobie, de la conquête territoriale… et de la guerre. Sans que cette dramaturgie ne soit toujours fatale, beaucoup de nationalismes ont été pervertis par les guerres d’indépendance, des mouvements révolutionnaires et plus près de nous par des frustrations populaires et populistes au cœur de l’Europe malmenée par des vagues migratoires.

On ne naît pas nationaliste, on le devient quand la nation perd sa boussole d’harmonie sociale et solidaire pour laisser s’épanouir une histoire tragiquement épique faite de spéculation sur des origines fantasmées de pureté et « une reconfiguration délirante de la réalité[2] ». Dans une réflexion éditoriale sur les « nouveaux conservateurs[3] »,en prolongement de deux séminaires à l’ENS, nous avons montré que le nationalisme affleurait toujours dans les dictatures, la politique et le narcissisme se vivant en étroite symbiose. L’idéal du moi du chef se métamorphose en idéal de la nation pour asservir la foule à l’ordre nouveau, d’autant plus attractif qu’il se présente au service de la collectivité sous des oripeaux affectifs et égoïstement nationaux. On l’a compris, le nationalisme n’est pas qu’une idéologie référencée par rapport à des évènements historiques, aux luttes sociales ou à des processus économiques, c’est une déviance politique qui ressasse des traumatismes, une mystique du ressentiment et l’exclusion pour tout ce qui paraît hétérogène à une culture immaculée des origines, indéfinissable par principe parce que toujours irriguée par le creuset des civilisations.

 


[1] Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion, Paris, Flammarion, 2011, p. 103

[2] Sigmund Freud, Le malaise dans la culture, Paris, Flammarion, 2010, p. 96

[3] Emile H. Malet, Revue Passages n° 193, troisième trimestre 2017

 

 

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